Figuratif et abstrait indissociables

« On ne peint jamais ce qu’on voit ou ce qu’on croit voir… Le peintre ne se contente pas d’imiter de façon purement neutre une réalité, car, même s’il imite, il représentera à sa manière, avec sa part de rêve. L’artiste, par des formes, des couleurs, des traits, nous propose une piste, une création, qui n’est pas représentation mais présentation de ce qui n’existe que par sa propre volonté. Il présente des formes, des couleurs qui jouent et vibrent librement entre elles et que l’artiste nous donne à contempler. Il nous fait pénétrer dans un monde qui est le sien sans modèle, sans point de repère avec l’extérieur. Le spectateur contemple alors un monde qu’il ne connaît pas et qu’il tente d’ailleurs de s’approprier, retrouvant parfois du figuratif …, cherchant un sens ou n’en cherchant pas, se laissant simplement aller au mouvement de ses sensations. Dans l’art rien n’est fixé, libre au spectateur d’inventer, de ressentir, de laisser aller, de rêver. »L. Bouchet.

De Staël disait ne pas « opposer la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace. L’espace pictural est un mur mais tous les oiseaux du monde y volent librement.»

A l’instar de représentations très diverses du Paysage dans l’histoire de l’Art, une analyse comparative de quatres peintres de la Galerie permet de constater que leurs approches dans ce domaine varient considérablement.

Jean-François Oudry

peint des paysages où la réalité rejoint l’imaginaire, où le réel touche délicatement l’abstrait. Il établit une harmonie réussie à travers un jeu délicat de plans denses et complexes, un équilibre de structure, de proportion, d’illusion spatiale, de variations de couleurs et de lignes, entre des éléments quasi-abstraits et figuratifs ne retenant du paysage que l’aspect formel et l’intensité de la lumière. Les perspectives, vastes et expansives, comportent une superposition de plans horizontaux où Oudry juxtapose des nuances de gris et de blancs à une couche de préparation vert-pomme comme pour créer une lueur (d’espoir) venue de l’intérieur. De fines couches donnent l’impression de lumière et de distance sans faire oublier la qualité de la peinture. Une forme, un chemin, donne l’impression de profondeur. Oudry structure ses peintures selon un alphabet rigoureux qu’il construit au fil de son travail. Il nous offre une extraordinaire occasion de sérénité et de bien-être, un parcours tout en liberté, une expérience méditative et introspective mais excitante néanmoins. « On ne retient que l’empreinte suggestive et l’arôme spirituel où selon la définition orientale, la poésie est une parole dont la saveur est l’essence et où les sucs odorants doivent aussi se humer » Oudry.

Elena Chapko

nous parle du monde. Elle cherche à suggérer des émotions à partir de situations banales en appliquant une matière riche et lourde qu’elle confronte à la couleur pure. Faits d’expérimentations et d’émerveillements « la lutte entre le mariage parfait et les combinaisons discordantes des couleurs qui se dégagent de sa peinture, dont on remarque pourtant la légèreté, est subjuguant. » (Vladisvlava Goussarova-Cousy). Les traits s’épaississent jusqu’à donner naissance à des formes qui résultent de son geste de maçon. Ces couleurs et ces formes naissantes laissent libre cours à nos sensations et sans aucun doute à notre imagination.

Le travail d’Arevalo

comporte aussi sa part de rêve et de liberté. Elle joue avec le lieu et l’espace – par un jeu savant et astucieux d’effets, et en introduisant la géométrie des formes. Elle peint des lieux à travers le prisme de couleurs et de reflets, contrastant la lumière intérieure et extérieure. Elle ne se contente pas de reproduire une réalité, mais à travers son travail nous donne un regard, une piste pour contempler le monde. Comme l’écrit l’artiste: « nous nous approprions les lieux en y vivant et c’est précisément dans la répétition que les instants et les situations vécues se fixent dans notre mémoire et font partie intégrante de notre vie. Cependant, ma vision ne se limite pas à un lieu particulier. Je fais appel à ce réseau de mémoires rassemblées, collectionnées. Je les mets en relation et les projette sur la toile. »

Rien n’est moins délicat que de réaliser une œuvre non-figurative qui doit, pour être belle, assurer une parfaite harmonie dans la construction de l’espace et dans le choix des couleurs. Tout en exprimant une intériorité profonde, Françoise Julien maîtrise cette intégration avec un talent subtil et imprégné d’élégance. Son travail est une permanente exploration qui nous amène à découvrir une épanouissante plénitude, une façon de construire, d’aller à l’essentiel, une façon de nous faire plonger dans la profondeur des toiles, de nous impressionner par leur lumière. Ses « Compositions » permettent aux spectateurs de contempler le jeu des couleurs et des formes laissant libre cours à nos sensations.